RMN – GP
14 janvier 2017

Ce n’est pas notre regard qui se fait saisissant lorsque nous passons les portes de l’atelier de moulage de la Réunion des Musées Nationaux. C’est le regard que les statues porte sur nous qui nous fige. Ce sont nos passions que l’on observe, reflétées dans l’oeil blanc et vide des innombrables tirages tantôt immaculés, tantôt poussiéreux, libres ou attachés, intacts ou amputés. Une bibliothèque de soi. Avec ses recoins sombres, ses grandes allées remplies de moules, de numéros obscurs et d’étiquettes noircies. D’ étagères noyées par la brume des bâches de plastique. Parfois, une main, un buste, un visage émerge. Un regard se fait plus injonctif. Des physionomies nous cernent. Dans le plus grand silence, à peine troublé par le travail des artisans. Le blanc livide des reproductions se teinte de ce que l’on craint, de ce que l’on redoute : ici nous ne sommes plus protégés par la foule et par les périmètres de sécurité du Louvre. Rien ne nous empêche de nous approcher, d’être tenté par la séduction d’une peau, d’être repoussé par un visage aux traits glacés, rien ne nous empêche de ne pas nous laisser emporter par un étrange basculement.
C’est cette tentation que j’ai voulu photographier.

© Nicolas Lascourrèges / RMN-GP